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Full text of "Recherches sur l'état de la médecine durant la période primitive de l'histoire des Indous"

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RECHERCHES 

L’ÉTAT DE LA MÉDECINE 

DURANT LA PÉRIODE PRIMITIVE 

DE L'HISTOIRE DES INDOÜS 


Le Docteur Ch. DAREMBËRG 

Professeur chargé du cours d’Histoire de la Médecine au Collège de France 
Bibliothécaire de la bibliothèque Mazarine 


PARIS 

CHEZ J.-B. BAILLIÈRE ET FILS 

LIBRAIRES DE L’ACADÉMIE IMPÉRIALE DE MÉDECINE 
Rue Hautefeuille, 19 


1867 


ÈXÎRÀ1T 

l’Union Médicale (3' série), année 1867 



RECHERCHES 


SUR L’ETAT DE LA MEDECINE 

DURANT LA PÉRIODE PRIMITIVE 

DE L’HISTOIRE DES INDOUS 


1. — BU BUT QU'ON S’EST PROPOSÉ DANS CES RECHERCHES. 


Les sources originales nous font complètement défaut pour la première période 
de l’histoire de la médecine grecque. Homère est notre plus ancien témoin, les 
poèmes homériques constituent nos plus antiques archives (ï). Faut-il donc renoncer 
à donner de cette période une idée, même incomplète, et à en retrouver quelques 
I traits caractéristiques? Non! Et c’est ici que nous devons faire intervenir l’his- 
toire de la médecine indienne, en nous plaçant toutefois à un point de vue par¬ 
ticulier et différent de celui qui a été choisi par les autres historiens. Ce n’est pas 
une comparaison que nous voulons établir maintenant entre la médecine grecque 
et la médecine indienne, d’après des ouvrages récents, d’après la compilation 
de Susrutapar exemple (2); c’est la plus ancienne période de l’histoire de la 

(1) Voy. notre Essai sur ta medecme dans Homère ; Paris, 1865, in-8», où nous avons tâché de 
déterminer le caractère de la médecine des temps héroïques, et de donner en même temps un tableau 
aussi complet que possible des connaissances médicales de ces temps d’après les poèmes homériques. 

(2) Nous reviendrons plus tard sur cette comparaison et nous aurons alors à discuter l’opinion des 
personnes qui pensent que la médecine grecque vient de la médecine indienne. Le docteur Allan Webb, 
résidant dans l’Inde, auteur d’un ouvrage important intitulé Pathologia indiea, a soutenu par de fai¬ 
bles ou même par de faux arguments cette dernière opinion dans un écrit, qui a pour titre : The his- 
torka.I relations ofancient Hinduwith Greek medicin inconnection wilhthestudy of modem medical 
science in India; lecture faite en juin 1850, au Collège médical de Calcutta. Thé Calcutta Rewiew, 
1850 vol. XIV, p. 541 et suiv. ; a donné une analyse détaillée et cependaut insuffisante de ce discours. 
- m! Fr. Tredenlenburg a soutenu, le 12 juin 1866, à Berlin, une thèse fort instructive qui a pour titre : 
De Veterum lndorum chirurgia, 31 p. in-8", et où il incline vers l’opinion de Webb, par des motifs 
plus raisonnables, mais que cependant je ne crois pas fondés. 




médecine grecque que nous voulons retrouver dans la plus vieille littérature de 
l’Inde. 

Aux âges primitifs, il n’y a pas d’autre littérature que la poésie religieuse etguei 
rière; c’est là que le peuple met toute son âme, toutes ses passions, toutes si 
croyances ; c’est là aussi qu’on trouve le reflet de toutes ses connaissances etlegem 
de la civilisation des âges subséquents. Mais « où sont les hymnes des anciens Hel 
lènes récités par les Aedes? Ils avaient des chants antiques, de vieux livres sacrés 
de tout cela il n’est rien parvenu jusqu’à nous. Quel souvenir peut-il donc noi 
rester de ces générations qui ne nous ont pas laissé un seul texte écrit (1)? » Heu 
reusement le passé d’un peuple ne meurt jamais complètement ; si nous ignorons 
que pensaient au moment où, quittant leur berceau (2), les diverses tribus qui 
furent plus tard confondues sous le nom d’Hellènes, commencèrent à couvrir l’As 
Mineure, les lies et le continent de la Grèce, c’est-à-dire bien longtemps avant 
Homère, nous pouvons, à l’aide du Rig-Véd'a (3), essayer de déterminer ce que per 
saient et ce que savaient leurs proches parents, les Àryas de l’Orient, il y a près de 
trente-cinq siècles; nous le pouvons à l’aide du Rig-Véda. 

Comme rien n’est mieux démontré aujourd’hui que l’étroite parenté des 
habitants des bords du Gange avec les populations helléniques; comme da: 
l’histoire de toutes les fractions de la race indo-germanique, on entrevoit à l’o 
gine un idiome commun, et, dans la suite des temps, un même culte et les mêir 
usages, on arrive, par une induction à la fois légitime et naturelle, à renouer pour un 
peuple les fils rompus de la tradition, en puisant dans-les documents authentiques 
qui émanent d’un autre peuple. « A voir l’Indien tel qu’il est actuellement et • 
avant qu’on connût les Védas, on devait avoir beaucoup de répugnance à considérer 
son existence comme une image des temps les plus anciens. Aujourd’hui on peut 
admettre avec pleine confiance que nous avons réellement sous les yeux dans l’état 
des Indiens à l’époque védique, un tableau extrêmement fidèle de la vie de nos 
ancêtres commune aux Indo-Européens (4). » Ainsi nous sommes autorisés à cher¬ 
cher dans les vieux hymnes des Yédas une esquisse de l’état probable de la méde¬ 
cine chez les Hellènes durant une partie au moins de la période qui a précédé 


(1) Fustel de Coulanges, La cité antique, 2 e éd., Paris, 1866, p. 5. —Cf. Maury, Relig. de la Grèce 
antique, Paris, 1857, t. I, p. 237 et suiv. 

(2) Compris entre la mer Caspienne, les déserts de l’Asie centrale et la chaîne de l’Indou-Koh. 

- (3) Le Code de Manou, qui comprend des parties fort anciennes, répond assez exactement, du moins 
pour le degré de civilisation qu’il représente, au Code de Moïse. Le livre cinq renferme les préceptes 
d’hygiène religieuse, et le livre onze quelques noms de maladies; mais tout cela est postérieur au Rig- 
Véda et plus voisin de VAtliarva-Véda, le plus récent des Védas. 

.(4) Weber, Hist. de la litt. indienne, trad. Sadous; Paris, 1859, p. 15. — On consultera avec fruit 
cet ouvrage et les sept articles de M. Barthélemy Saint-Hilaire dans le Journal des Savants (ann. 1853 
et 1854) sur les différentes espèces de Védas, leurs parties constitutives et accessoires, sur leur âge et 
sur les recensions ou commentaires dont ils ont été l’objet dans l’Inde jusqu’aux premiers siècles après 
Jésus-Christ, soit pendant la période védique, soit surtout pendant la période sanscrite. 


/ 






Homère. Je dis une partie, car le plus ancien des Védas, le Rig, correspond a une- 
époque beaucoup plus rapprochée de la réunion des peuples indo-germaniques en 
une même contrée, que l’époque dont le chantre de la ruine d’Ilion est l'héritier 
immédiat (1). 

Le Rig- Véda nous montre les Àryas établis encore hors de 1 Inde ou du moins sur 
les frontières nord-ouest de ce pays, entre le cours du Cabul et de l’Indus, et dans le 
Penjab, ce qui nous ramène au moins à l’an 1500 avant Jésus-Christ, comme limite 
laplus’rapprochée de nous. Il est possible que le critique, pénétrant plus avant dans 
l’étude des Védas, déterminant avec plus de précision les diverses couches qui les 
ont successivement constitués (2), recule ces limites; nous les acceptons provi¬ 
soirement, car elles sont assignées par les indianistes les plus éminents (3). Rien ne 
nous empêche, du reste, de porter nos regards bien au delà de ces 1500 ans, puisque 
la plupart des hymnes qui composent aujourd’hui le Rig-Véda (4) semblent avoir 
pris naissance au milieu des travaux paisibles de la vie pastorale et en dehors 
des préoccupations et des aventures de la conquête au delà de l’Indus (5). En tout 
ceci on ne saurait préciser les dates, mais on acquiert des données chronologiques 
approximatives qui sont d’un prix inestimable aux yeux de l’historien, et qui per¬ 
mettent de retracer les grandes lignes des origines de la civilisation indo-euro¬ 
péenne. 

Puisque de très-bonne heure la négligence des hommes ou les injures du temps ont 
détruit les premiers monuments de la littérature grecque, essayons de tirer du Rig- 
Véda , de ces hymnes magnifiques qui célèbrent comme des divinités tantôt les 
forces de la nature et tantôt certains objets terrestres ou matériels, tout ce qui peut 
servir à nous initier aux plus anciennes connaissances de nos ancêtres dans l’art 
médical. Interrogeons les Indous, ils nous répondront et porteront témoignage 
pour leurs frères les Hellènes (6). 

(1) Cf. Maury, Religion des Aryas, p. 15, dans Croyances et Légendes de l’antiquité ; Paris, 1863, 


B'{2) Voy. Max. Muller, Bist. of anc. sanskrit liter.; London, 1859, p. 481 et suiv. 

R 3 ) Voy. Weber, Hisi. de la littêr. indienne, p. 15 et suiv. — Max. Millier, I I-, P- !*> 63 > et aussi 
202 et suiv • 525 et suiv., enfin p. 572. Cet auteur me semble pencher plutôt par 1 an 1200 environ, du 
moins pour la réunion des hymnes en Samhitd. - Pictet ( Orly. indo-europ 2* éd., p. et suiv ) arrive 
Dar d’autres voies au chiffre de Weber, et deColebrocke pour la composition des plus anciens hymnes. 
-Les études sur la géographie de l’Inde ancienne confirment ces données chronologiques. Voy. Vivien 
Oc Saint-Martin Bulletins de la Société de géographie, 1856 ; Connaissance actuelle de l Inde ancienne 
plus particulièrement p. 14-17);-du même, VInde aux temps védiques, dans Revue germanique, 
1861 , t. XV, p. 481, et t. XVI, p. 77. 

( 4 ) Samhitâ du Rig, recueil qui date du développement complet de la hiérarchie brahmanique et qui 
comprend un trésor d’hymnes, les uns plus anciens, les autres plus récents, mais paraissant apparte¬ 
nir pour la plupart au séjour des Aryas en deçà de l’Indus. 


(5) Voyez Weber, l.l., p. 98-105. 

ffil Je me suis servi de la traduction de Langlois, Paris, 1848-1851, 4 vol. in-8», et, pour les quatre 
premières sections, de la traduction beaucoup plus exacte de Wilson, Londres, 1850-1857 ; cette tra- 


Une simple lecture du Ri g- Véda nous conduit aussitôt à faire deux parts dans ce 
recueil d’hymnes; les six premières sections contiennent évidemment.les hymnes ’ 
les plus anciens; les deux dernières renferment au contraire ceux qui sont relati- I 
veinent les plus récents et qui ont le plus de rapports, ceux de la septième avec ftl 
Sama-Yèda qui les reproduit à peu près entièrement, ceux de la huitième avec 
YAitharva- Vedu\ c’esl surtout dans ces deux dernières séries que commencent à sel 
faire jour, comme l’a remarqué M. Max. Müllër, ï’anthropomorphisme et les systèmes 
de cosmogonie et de métaphysique. 

Dans les six premières sections la médecine est tout entière et directement entre 
les mains des dieux; la thérapeutique n’a pas d’autre formulaire que les invocations! 
et les prières. On ne peut pas dire qu’il y ait des dieux spéciaux de la méde¬ 
cine, puisque presque tous sont invoqués contre les maladies; cependant les deuil 
Aswins, ces dieux véridiques et protecteurs (1) , ces cavaliers jumeaux qui mettent les*' 
ténèbres en fuite, annoncent l’aurore et président au réveil, bienfaisant de la na¬ 
ture^), semblent plus .spécialement chargés des soins de la santé. 1 


2. — DIEÜX PROTECTEURS DE LA-SANTÉ. 


Des Aswins sont appelés médecins ou merveilleux médecins, ou médecins des 1 
maladies, ou enfin patrons ët médecins (3) ; on les invoque comme les amis les plulM 

duction ne comprend encore que ces quatre sections. Or. c’est précisément dans les quatre demicres j 
que se trouvent les renseignements médicaux les plus nombreux et les plus importants; j’ai pu du 
moins suppléer à la traduction de Wilson en recourant au savoir et à l’obligeance de M. Ad. Regnier, 
de l’Institut, qui a bien voulu m’aider de ses conseils pour quelques passages importants. — M. le 
docteur Liétard, à la fois médecin et verse dans l’étude du sanscrit, n’a rapporté du Rig-Véda qu'im . 
seul passage médical, a la page 2 de ses curieuses Lettres historiques sur la médecine chez les Indous 
(Paris, 1862 , in-8"). — M. Weber qui, a plusieurs reprises, a parle de la médecine, dans le livre déjà 
mentionné, ne cite sous ce rapport que le Sama-Veda, 1 ’ Athurta-Yéda et 1 ’Ayur-Véda de Susrutas 
(p. 92, 252 et 387 ; cf aussi p. 4> - Je suis certain qu’une personne habituée aux textes sanscrits ferait 

dans le Rig-¥éda une récolte moins abondante peut-être, mais non moins intéressante que celle que 
nous fournit Homère.— Sans doute la traduction de Langlois ne suffirait pas si on voulait entrer dans 
les plus minutieux détails, mais elle donne une idée exacte de l’ensemble des conceptions médicales 
contenues dans le Rig-Véda, et plus d’un érudit a tiré de cette traduction un excellent parti pour des 
travaux d’un autre ordre. 

(1) Voy., par exemple, V, v, 8. —D’apres la division !a plus moderne suivie par M. Langlois, et que j'ai 
du adopter, puisqu’il n’y a pas d'autre traduction complète en aucune langue et. que je ne puis renvoyer 
mes lecteurs au texte sanscrit, le premier chiffre indique la section; te deuxième la lecture ; le troi¬ 
sième l'hymne; et, quand il y a lieu, le quatrième désigne la strophe. A l’aide de l’index des hymnes 
ou suklas et de la table, des noms propres qui se trouvent à la suite de chaque volume de la traduction 
de Wilson, il est aisé de rétablir, pour les parties communes, la concordance entre les deux division%‘la 
moderne en huit ashtakas, l’ancienne en dix mandatas. Du reste, les hymnes se suivent dans le même 
ordre,; il n’y a de différence que dans les sous-divisions et dans le numéro des hymnes. 

(2) On les a assimilés, non sans raison, aux Dwscures (Castoret Polluxl.— Voyez Maury, Religions 
de la Grèce antique, t. I, p, 208, et Croyances et Légendes de Vantiquité, p.69. — M. Liétard, Lettrés ■ 
sur l'hist. de la pied,, chez les Indous, p. 26, voudrait, comme Wilson, y retrouver les deux lils d’Esca- 
lape : Podalire et Machaon ; mais ce rapprochement me parait moins b en justifié. 

,-t) 1, VIII, î; IC. — M, M, 5, ; - Ml, Mil, - Vil, MU, -;3 - \, Mil, 5; 6 



I lflf; partout on célèbre leur puissance, partout on demande leurs secours dans 
Konstancc (2) ; on dit qu’ils sont chargés de guérir les maux (3), qu’ils con¬ 
fia médecine, la vertu des plantes et des eaux merveilleuses (4) ; qu’ils por- 
i fécondité au sein des mères (5). Mais ces plantes salutaires, ces eaux mer- 
æes qui protègent le corps contre les maladies, qui augmentent la vigueur et 
i sont toutes les vertus médicinales, ces eaux, ambroisie pour les dieux et 
pour les hommes (6), ce ne sont ni des plantes, ni des eaux médicamenteuses, 
es eaux qui servent aux libations et à la fabrication du soma (7), les plantes 
livent prendre part aux joies du sacrifice en alimentant le feu sacré (8) ; elles 
it en même temps à laver les souillures du péché et mettent à l’abri des un¬ 
ions injustes que les Indous redoutaient autant que nos paysans redoutent les 
On doit aussi remarquer qu’en beaucoup des passages qui viennent d être si¬ 
ales, il n’est pas toujours facile de reconnaître s’il s’agit ou de secours contre les 
maladies, de protection contre les calamités ordinaires de la vie, ou de remèdes 
■îontre les fautes commises ; quelquefois même toutes ces idées paraissent confon¬ 
dues dans une même prière, par exemple, dans celle-ci où il est fait une allusion 

I manifeste aux bons résultats qu’on attend des trois sacrifices de chaque jour, le 
matin, à midi et le soir (9) : « O Aswins, trois fois vous nous donnez les médica¬ 
ments du ciel, trois fois les médicaments de la terre, trois fois aussi les médica¬ 
ments du firmament; donnez à mon fils la fortune de Sangou (c’est-à-dire de ïhomme 
f heureux) ; favorisez-le des herbes salutaires, donnez-lui ce bien-être qui résulte de 
Ifagrégat des trois humeurs (10). » 

I- Quand les Aswins rendent la vue et la marche aux aveugles et aux boiteux (11), on 
doit-croire qu’il s’agit non d’une cécité ou d’une claudication réelles, mais de la 
privation de la lumière et de l’engourdissement des membres durant la nuit et que 
[■•dissipent à la fois les premières lueurs de l’aube et la vertu du sacrifice matinal (12) ; 

EjcV,vui ) 6;3. 

K) Voyez, par exemple, I, vu, 18; 6.— VI, ii, 2. 

plr.m. 4: 16-18. 

' (4) H, ii, 21; 6. Ce qui revient à l’épithète I, in, 2 ; 6. Il est dit (II, i, 1; 4) que les 

eaux sont mères parce qu’elles fécondent la nature. 

B») II, 11,21; &. 

L(6) VII, vi, 4; 1 et 6.- I, il, 4; 19-21. 

Bf|f) Voyez surtout I, iii; 2; 6, et Langlois, t. I, p. 258, note 27. — Cf. aussi VIII, i, 14; 9. 

I (8) V, III, 15; 23, et Langlois, 1.1, p. 258, note 27. 

■|9) I, ni, 2; 6.—Voy. aussi Langlois, 1. 1, p, 266, note 13. Il sera de nouveau question des humeurs 
p. 13, .§ a ’ - Cf. aussi I, II, 9; 4. 

(10) Tri-d'hâtu : vatta, pila, schlehman ; c’est-à-dire le vent ou souffle, U bile, le phlegme. 

(11) I, VII, 18; 8. — I, VIII, 4; 16.-Cf. III, VI, 12; 19. 

; (12) Voy., par exemple, Langlois, 1.1, p. 299, note 102 ; p. 577, note 40.-Cf. Wilson, t, I, p. 289 




;,au I 
âges 


il ne semble pas que dans ces temps primitifs on ait jamais attribué aux dieux 
moins directement, de tels miracles. Ce sont encore des allégories que les 
ou i est dit que les Aswins ont donné à Vispala une jambe de fer à la place de celle 
qu elle avait perdue la nuit à la bataille (1); mais c’est une allégorie curieuseJL 

JeTiL ? a Une T que Si reCUlée ’ ridée d ’ un membre artificiel. CepeadJ 
r n Z 7 PeU Sa Valeur 0U dU m0inS elle passe du domaine de la phj. 

sique possible dans celui de la pure mythologie, quand on songe que dan!des 
Brahm 63 ) P ° ' ’ 7* Aswins ’ devenus “^ccins des dieux, remettent à 

m ?Hvt 77 Me qU . e R ° Udra Y6nait de lui COuper - C ’ est du reste le seul 
chiru gmal que nous ayons recontré dans le Rig-Véda. Évidemment dans ce 
recueil d hymnes qui, pour la plupart, datent de la vie pastorale des Aryas, lapréoc» 

acTd!nt 7 aff f7 nS intemeS remp ° rte de beaucoup sur l’observation des 
c dents des maladies dont la chirurgie se réserve le traitement. Or, c’estpré- 
cisement le contraire dans VIliade, en raison de la différence des situations et des 
époques, tandis qu avec VOdyssée on se retrouve dans un milieu plutôt médical que 

suffisant ’ P T ^ ^ Pen ° de hér ° ïqUe eSt SUr S ° n déclin - Ces réflexions 

suffisent a montrer que la recherche de l’antériorité absolue de la chirurgie ou de la 

7^77 7 “ PeÙ 0iseuseet s ’ a P puie sur de faux principes de critique his- 

nterro T 7 " Savoir bien a PP r éder le caractère des documents qu’on 

7"°r f " 7 77 indUC , ti0nS ^ ^ P r ô dom inance relative et parfois appa* 

' "J’""' 11 6 une ou l’ aut re branche des sciences médicales. Wilson (2) ! 

1777 7 f0ndre ! 6S éP ° qUeS ’ n ’ aV ° ir PaS ^ au Rig-Véda et s’attacher à 
des légendes plus récentes, quand il avance que chez les Indous la chirurgie à pré- 

laq^TelTf 6 ' 777 ** *" ^ rh ° mme & été é 8 al “ «posé aux 
attaques de la flevre et au blessures; de là, très-probablement, sous une forme ou 

l\ UDe autre ’ 1 or,gmc simultanée de la médecine et de la chirurgie. Seulement il 
faut remarquer que, suivant les époques de l’histoire et en raison de la diversité de 
compositions littéraires et des sujets qui y sont traités, c’est tantôt la médedM,'tantôt 
la chirurgie qui est en relief. ’ 

D’aqtres dieux, et même presque tous les dieux partagent avec les Aswins les 
foqctiqns medicales; Agni, le feu, surtout le feu du sacrifice, le symbole de la vie 
renaissante au printemps (3), repousse la maladie gémissante, l’éloigne d 
fidèles adorateurs et la fait tomber sur ceux qui méconnaissent sa puissance (4); 

(1) I, VIII, n 15. — I, VIII, 6; 8. — VII, VUI 7- 8 

f'in des noms du soleil) VIII, y, ç/s.’ 9 ’ 1 ‘ Cf ' wilson > t - ni > P- 15 > P° tc i • — De même pour Savitri 


E 

I Indra, l’éther, l’air azuré, ou la voûté éthérée enveloppant le monde, produit les 
• J 4 plantes et les fleurs salutaires ( 1 ); la main bienfaisante et légère de Roudra, l’air, le 
maître les Vents, le médecin des médecins, guérit les maux et procure les plantes 
■faisantes (2). Les Marouts, c’est-à-dire les vents, ont la même puissance (3) ; 
[Us combattent le mal et la maladie (l’indestructible Nirriti de la race des malins 
esprits ou Raelcasas). On invoque aussi la Terre, parce qu’elle préserve de tout mal 
terrestre, et l’Air, pour qu’il éloigne tout mal aérien (4); ce qui est un premier essai, 
mais bien confus d’étiologie. On peut rapprocher de ce passage curieux le dix- 
huitième hymne de la septième lecture, huitième section : 

Aux Vlswadévas. 


I 1. 0Dieux, l’homme chancelle; ô Dieux, vous le dirigez. O Dieux, l’homme commet des 
fautes ; ô Dieux, vous le rendez à la vie. 

■ 1. Deux vents soufflent, l’un de la mer, l’autre du continent lointain. Que le souffle de l’un 
Hte donne la force ; que le souffle de l’autre emporte le mal. 

Hftf 0 Vent, apporte-nous le remède. O Veut, dissipe le mal. Tu possèdes tous les médica- 
I ments ; tu es l’envoyé des Dieux. 

.1 fl. Le Vent parle: « Je viens à toi avec le bonheur et la santé. Je t’apporte la force et la 

Î beauté ; j’emporte la maladie. » 

5. Que les Dieux, que les Marouts nous protègent. Que tous les êtres conservent ce (mortel) 
à l’abri de tout mal. 

] 6. Les Ondes sont salutaires; les Ondes repoussent la maladie. Elles renferment toute espèce 
1 deremèdes. Qu’elles te donnent la guérison. 

I j. Nous étendons vers toi nos mains qui sont comme ornées de dix rameaux ( les dix doigts). 
Notre langue exprime nos paroles ; nous t’adressons une prière. . 

Quand on tâche de bien saisir l’esprit de cette vieille mythologie, on s’aperçoit 
que ce sont bien réellement les forces de la nature très-vaguement personnifiées, 

I et non de véritables dieux ayant corps et âme comme dans Homère, que les Aryas 
invoquent dans les maladies et dans les autres nécessités de la vie. Ce n’est pas 
! précisément de l’idolâtrie et encore bien moins du fétichisme, c’est le culte de 
la nature, dont toutes les manifestations ont vivement impressionné l’imagination 
I de nos ancêtres dans des contrées où la nature est si puissante et si variée. 

Ces réflexions s’appliquent également à l’invocation de Soma; dans les hymnes 
anciens, Soma (5) n’est pas encore un dieu, mais l’aliment de la flamme du sacri- 

1(1) H, VI, S; 7. 

B (2) II, vu, 10; 4 et 7.— II, vu, 10; 2 et 4. —Cf. I, vi, 9; 4 (Wayou, peut-être une des formes de Rou- 
[ dra.) — VIII, viii, 44; 1. (/d.) 

I i(3j II, VII, 10; 13. — I, ni, 6; 6. 

(4) VIII, I, 8; 5. 

BkS) Süc de VAsclepias acida ou du Sarcostemma viminalis mêlé ordinairement avec du lait ou du 
beurre fondu. Voy. Pictet, Orig. indo-mrop., 2 e p. 321-323. C’est VAmbroisie des Grecs. 


très-près. Aussi, jusqu’à plus ample informé, je maintiens que, dans le Rig-Véda, 
« l’idée de salut et de guérison se lie aux procédés non plus magiques, mais sacrés 
par lesquels on les obtenait. ». Cette proposition est de M. l'ictot lui-même ; elle 
résulte pour lui d’un cas particulier, c’est-à-dire de l’analyse d’un mot sanscrit com¬ 
paré à des mots analogues dans d’autres branches des langues ariennes; et moi je 
l’étends à tout l’ensemble du Rig-Véda. La nuance n’est pas toujours facile à mar¬ 


quer entre le sacré et le magique, entre le sacer et Yomen; cependant, ce que je 
sais du Rig-Véda et de Y Atharva-Véda me porte à croire que le sacré appartient 
au Rig-Véda et le magique à Y Atharva-Véda; il y a dans le premier plus d’aban¬ 
don naïf chez les malades, plus de pieuse confiance chez les prêtres; dans le 


second, on trouve, d’un côté, plus d’impatience et, de l’autre, des formules plus 
impérieuses. La crainte superstitieuse amène le despotisme sacerdotal. 


4. — DES MALADIES ET DES PRATIQUES MÉDICALES. 


Jusqu’ici, nous n’avons rencontré qu’un nom de maladie, celui de la lèpre (V. p. 10) ; 
mais nous pouvons encore en signaler deux, d’abord la consomption ou phthisie ( Radd- 
jayakchma ), pour laquelle on implore le secours d’Agni et d’Indra (1), puis, si nous 
ne nous trompons, une allusion allégorique à l’efTusion de sang (dournaman) qm 
accompagne l’avortement (2). Enfin, il y a quelques passages qui se rapportent à la 
piqûre des serpents ou autres bêtes venimeuses (3), piqûre très-redoutée des Aryas, 
qui voient du venin partout, contre laquelle il existe plusieurs conjurations, et dont 
les médecins, dans les siècles postérieurs, s’attachent particulièrement à combattre 
les conséquences fatales. Aussi, les meilleurs médecins, comme on le voit au temps 
d’Alexandre, étaient ceux qui se montraient les plus habiles dans le traitement des 
morsures venimeuses. Peut-être pourrions-nous trouver dans cette crainte des ser¬ 
pents les origines reculées du serpent d’Esculape; ce qui serait un souvenir des 
légitimes préoccupations de nos ancêtres, car les serpents sont répandus à profusion 
dans l’Inde et dans les pays avoisinants (4). 

On n’a pas besoin d’insister pour montrer que, dans cette médecine, tout est 
indécis, indéterminé,enveloppé de symboles; que les dieux (j’entends ce mot à la 
façon des Indous) y jouaient le principal rôle, et que c’est bien là le caractère des 
époques primitives chez les peuples qui doivent arriver plus tard à un certain degré 
de civilisation et non pas rester dans les ténèbres de la barbarie, comme sont les sau- 

(1) VIII, VIII, 19; 1. 

(2) VIII, VIII, 20; 1 et 4. 

(3) V, IV, 15; 1 et 4.- Il, v, 8; 16, et presque tout l’hymne qui est une allégorie qu’on ne saisit 
d un bout à l’autre que dans la traduction de Wilson. 

(4) Voy. sur les noms multiples des serpents : Pictet, Orig. indo-europ 1» partie, p. 499 etsuiv. 




11 


Pictet (1) a rapproché la médecine de la magie en s'appuyant sur certaines 
irations tirées plutôt de la philologie que de l’histoire ; mais il importe de dis- 
comme j’ai essayé de le faire, les simples prières en usage pour éloigner les 
s, et les pratiques de la magie ou sorcellerie, deux procédés qu’on ne doit 
P considérer comme identiques, qui ne coexistent pas nécessairement, et qui 
linent, tantôt l’un,-tantôt'l’autre, suivant les époques ou le degré de la civili- 
bation. 

mots yâvayâmi et yâvay (auxquels on identifie le grec Hà.ou&t, la.rpô'i,’ ’/acrit), 
panifient chasser la maladie et chasser le démon de la maladie (2), cela est vrai; 
mais on peut remarquer que, dans les poèmes homériques, adpixAMv a tour à tour 
le sens de poison, de charme et de remède (3) ; cependant la médecine naturelle est 
fort distincte de la médecine magique, ou plutôt des pratiques de la magie ; par 
conséquent, la double signification d’un mot sanscrit ne suffit pas à démontrer, 
Lntrairement à d’autres renseignements plus positifs, que médecine et magie sont 
sjnonymes dans le Rig-Véda. D’ailleurs, M. Pictet lui-même rapproche mederi de 
militari (sanscr. mêth mêdh), et lés mots qui signifient médicament et science, — 


gèdecin, sage ou savant. 

' Sans doute, savant et sorcier sont souvent synonymes aux yeux du peuple; 
mais il est, en général, facile de distinguer les œuvres du savant de celles du 
isorcier, et de remettre chacun à sa place. Peut-être même que, à l’aide de 
I la philologie, on pourrait déterminer l’âge approximatif des différents termes qui 
servent à désigner, ou séparément, ou simultanément, le médecin, ou l’apothicaire 
et le sorcier; c’est un problème dont M.'Pictet n’a pas entrepris la solution, et qui 
ilnira, j’en ai l’espoir, par tenter quelque autre indianiste. L’analyse des mots, 
B savante qu’en soit la méthode, si ingénieuse qu’en apparaissent les résultats, ne 
suffit pas à créer l’histoire (4) ; il faut des textes et surtout une chronologie; mais, 
dans le travail de M. Pictet, les textes et la chronologie font également défaut; tout 
1 ^ réduit à une question abstraite d’étymologie où, faute d’intermédiaire, la filiation 
’et la transformation des sens n’est pas toujours ni solidement établie, ni suivie de 


I ;, (1) Dans Kuhn, Zeitschrift fiir vergleichende Sprachforschung, u.s.w.; t. V, 1856, p. 24-50, travail 
reproduit en partie avec des corrections dans Origines indo-europ., 2<= partie, p.644 et suiv. 

(2) Voy. Kuhn, 1.1 ., p. 50, un article de Kuhn lui-même sur là dérivation d’iifêœ 
’ (3) Ne sait on pas aussi que dans certaines branches des langues indo-germaniques le même mot 
signifie Ditu et Démon; cependant ce n’est ni dans les mêmes temps ni dans les mêmes circonstances 
[ju’on constate cette diversité de signification, et on ne pourrait pas conclure à l’identité absolue et per¬ 
manente chez un des peuples de la race aryenne de l’idée de Dieu avec celle de Démon. 

(i) Je trouve précisément, en corrigeant cette épreuve, une réflexion toute semblable de M. Barthé¬ 
lemy Saint-Hilaire sur les conséquences trop hardies et trop arbitraires queM. Pictet aime à tirer pour 
.la connaissance de l'état social des Aryas, de l’analyse des mots et du rapprochement des idiomes indo¬ 
germanique. M. Barthélemy Saint-Hilaire montre que les mots dans leur simplicité et leur isolement sont 
stériles et qu’il faut d’autres instruments que la philologie pour les féconder et pour en tirer 1 histoire 
primitive de nos communs ancêtres. (Journal des Savants, juin 1866, p. 370 et suiv.) 




10 


lice, et la liqueur même des libations, cette liqueur fermentée, pétillante; que les I 
prêtres ont peine à contenir dans le vase, et qui procure un doux et salutaire enivri^M 
ment. Le Soma ou Indou, tantôt seul, tantôt aidé par Roudra, éloigne, fait reculer, | 
chasse, terrasse la maladie qui, dans sa marche tortueuse, veut attaquer les 
hommes et en triomphe ; il apporte l’abondance et la santé ( 1 ) ; mais sa vertu dépend ! [ 
moins de son action comme liqueur dont on s’abreuve que de l’œuvre pieuse qu’on 
accomplit par les libations ( 2 ). 

On appelle tous les dieux (les Wiswas et Wiswadevas), et en particulier les 
Aswins, à son secours contre une maladie de peau que le poëte nomme li ' 
blanche (3), et aussi contre la maladie en général (4). Les dieux adorables repoussent! 
des maisons les maladies qui accompagnent naturellement les pompes nuptiales ( 5 ), 
sans doute par suite des excès de tout genre qui s’y commettaient. 

3. — LES MÉDECINS ET LA MAGIE. 

C’est seulement dans une des sections les plus récentes du Rig- Vida qu’on | 
rencontre un passage qui peut se rapporter aux vrais médecins. Le poëte, s’adres-1 
sant à Soma, s’écrie, dans un hymne qui rappelle certains mouvements de la poésijJ 
élégiaque grecque : « Nos vœux sont variés, les œuvres des hommes sont diverses * ] 
le charron veut du bois, le médecin une m,aladie, le prêtre des libations ( 6)1 

Dans la septième, et surtout dans la huitième section du Rig-Véda, on voit appa¬ 
raître la magie ou les opérations artificieuses et trompeuses ( déceptive , Wilson):- 1 
mais non pas encore la magie qui usurpe les droits de la médecine. Il y en a de I 
deux sortes : la bonne et la mauvaise; la bonne à laquelle président les dieux (7|1 
et qui sert à combattre la mauvaise, celle des Racleasas et des Souras ( 8 ). Mais e’est- l 
surtout dans VAÏharva-Yéda que nous voyons la magie, ou du moins les jongleries ! 
sacerdotales (c’est-à-dire les imprécations et les actes conjuratoires, w. lieu de la 
simple prière confiante et résignée), intervenir pour le traitement des maladies (9). 

(1) V, IV, 19; 1.-V, IV, 20; 1.—VI, IV, 3; II.- VII, IV, 7; 43. - VII, IV, 6; 16.-V,I, 13; 2.- 
Cf. VII, iv, 6; 16. — Vil, ni, 10; 1, Par l’ensemble de ses vertus, le Soma liqueur, et déification de 
cette liqueur, semble un rèmede tantôt physique, tantôt moral, tantôt naturel et tantôt surnaturel. 

, (2) VIII, v, 6; 10 : Les vaches du sacrifice (c’est-à-dire les libations) sont un remède utile. — Voy. 
sur les sens multiples de ce mot vache, Langlois, t. I, p. 249, note 36 ; Pictet, Origines indo-europ., 
2" partie, p. 57-73; et surtout Benfey, Gloss, du Sdma-Véda; Leipzig, 1848. Voce gô. 

(3) II, i, 1; 5 .[White-tindedskin, Wilson.) 

(4j VIII, h, 2; 12. (Les maladies, l’impiété, la jalousie, l’avarice.) — Cf. VI, iv, 11; 5. 

(5) VIII, VIII, 14; 31. 

(6) VII, V, 12; 1. 

(7) Indra, les Aswins, Twachtri : VII, vu, 6; 4. —VIII, i, 8; 9. — Cf. VIII, ii, 10; 5.— VIII, vu, 5; 2 .et 5. 

(8) VIII, iu, 2; 7.— VIII, v, 5; 2. — VIII, vu, 5; 5. — Quelques traces se rencontrent dans les autres 
sections, par exemple, III, n,t, 1, — et aussi dans la terreur qu’inspiraient les imprécations. 

(9) Cf. p. 17 -. Usage des plantes, et note 5 de cette p. 17. 




pages où le fétichisme se trahit par les superstitions les plus grossières et où nulle 
fence de progrès ne se fait jamais sentir. 

Tce caractère essentiellement religieux de la médecine s’est perpétué, car, dans un 
Ijivre comparativement récent, mais qui est l’écho des plus vieilles coutumes et 
lit résumé des rituels les plus anciens (1), il est dit : « Lorsqu’un homme est pris 
nmaladie au moment où il allume le feu [du sacrifice], il doit se diriger vers l’est, 
île nord ou le nord-est (2); il invoque le feu et obtient sa guérison; après quoi 
fil offre un sacrifice; » de même « celui qui est attaqué de consomption se délivre 
3 offrande de crème et des prières. » 


5. — PHYSIOLOGIE GÉNÉRALE, — IDÉE DE LA VIE. 


11 La physiologie indoue n’est pas moins indécise que la médecine ; cependant, on 
1 : j peut remarquer la trace de quelques notions qui se développent et prennent corps 
chez les Grecs. Il semble que l’essence même dé la vie, dans le Rig-Véda, comme 
dans Homère, soit l’air; la vie s’échappe à travers l’atmosphère, soutenue et conduite 
par les vents à sa dernière demeure, et quelquefois rappelée par la puissance des 
dieux (3). Les Vasous ( huit demi-dieux : feu, lune, etc.) mettent un souffle de vie 
uryam) dans Agni, et, en plus d’un passage, il serait question A’esprit vital, 
| de force vitale (4). Ce sont aussi le ciel, la terre et l’air qui rendent le souffle 
Wmtàl (5). On entrevoit aussi une théorie humorale où le souffle , mis au nombre des 
I humeurs, remplace le sang (6) et où ne figure pas la bile noire. Plus tard, cette 


B) Indische Hausregeln (Règles de la vie domestique ), dans Âbhandl. für die Kunde des Mor- 
jmlandes, t. IV, cah. î, 1865 ; trad. du sanscrit par Stenzler : ih, 6, et îv, 1. 

, (2) Yoy. Pictet, Orig. indo-europ., 2' partie, p. 485 et suiv., sur la droite et la gauche, le sud et le 
nord. Nous retrouverons cette question à propos des philosophes anté-socratiques, et même à propos de 
l'incubation dans les temples d Esculapc. 

Hgj VIII, i, 13. — Cf. Weber, Littéral, indienne, p. 98 ; Pictet, Orig. indo-europ., 2' partie, p. 539- 
/ 512. 

f (4' V, h, 4; 6. — Cf. IV, vi, 4; 2 strength verilg, Wilson). — V, i, 13; 1.— V, ni, 2; 7. Je n’avance 
ces propositions, et je n’allègue ces citations que sous toutes réserves, car je me suis aperçu qu’en deux 
passages, par exemple (II, vu, 4; 4.— IV, vii, 2; 2), Langlois traduit esprit vital là où il n’en est pas 
question dans le texte, si je m’en rapporte à Wilson. — Le feu vital, c’est le feu artiste, Agni-Twachtri 
(espèce de Prométhée) qui assemble et donne les formes (VI, vu, 5; 8), et qui, air chaud, les anime. 
-Cf. VIII. vm, 42; 1.— C’est lui aussi qui procure la fécondité : V, i, 14; 19. — Le germe est en 
puissance dans l’homme comme le feu ( Agni; ignis ) dans l’aram ou bois du sacrifice; ce sont les 
agitations, les frottements qui dégagent l’un et l’autre ; cela ressort d’un grand nombre de passages. — 
Au moment où je corrige ces feuilles, la Gazette hebdomadaire (25 janvier) m’apporte un article de 
M. le docteur Liétard sur la génération et la vie, d’après le Rig-Véda, et j’y vois avec plaisir que nous 
arrivons à peu près aux mêmes conclusions. A mon sens, celles de M. Liétard sont peut-être trop posi¬ 
tives ou trop exclusives, et l’ingénieux auteur ne tient pas assez compte, pour certaines parties du Rig- 
Véda, de l’intervention de l’air dans l’explication de la vie. 

B(5) VIII, I, 14, 7. 

(6) Langlois traduit quelque part : Les mortels atrabilaires (III, n, 1; 15); mais il n’y a rien de cela 
dans le texte, d’après Wilson. 




théorie modifiée joue un grand rôle dans la pathologie, et c’est, comme on 
une date bien reculée qu’il faut en faire remonter les premiers indices. ^ 

6. — GÉNÉRATION; — ENFANTEMENT; — SOINS AUX NOUVEAU-NÉS. 


L’opinion que la semence émane de la femme comme de l’homme se fait déjà 
jour (1), « Quand le dieu (Agni-Soma), dit le poëte, s’étend pour le bonheùf 
des hommes et développe avec force son énergique virilité, lui-même, invincible 
héros, façonne le sein de sa fille (la flamme ou la science sacrée). Alors, entre II 
ciel et la terre, ils se rapprochent, et le père devient l’époux de la fille; ils laissent 
échapper dans l’air quelques gouttes de leur semence féconde et le foyer du sacrifice 1 
en est arrosé. » 

C’est encore dans le Rig-Véda que se rencontre, certainement pour la première 
fois, l’opinion que les enfants naissent à dix mois (2), opinion que nous rencontré] 
rons désormais si souvent sur notre route : « Maître des bois sacrés (3), sors de ta 
prison comme l’enfant sort de la matrice de sa mère. O Aswins, écoutez mon invo- 
cation et délivrez Saptawadhri (1 ’étincelle ou le feu renfermé dans le bois)\... Porté 
pendant dix mois, sors du sein de ta mère enveloppé par les membranes utérines. 
Lejeune enfant est resté dix mois dans le sein de sa mère, qu’il en sorte vivant éf 
fort; que le fils et la mère vivent heureusement! » 

On peut croire qu’on lavait le nouveau-né aussitôt après sa naissance; du moii% 
cela semble dit pour les animaux (4). — Au chapitre quinzième du livre I er des- 
Règles de la vie domestique (5), on prescrit pour le nouveau-né du beurre et du 
miel dans une cuiller d’or ; à six mois, on donnait de la viande de chèvre ou de 
perdreau, du riz, sur lequel on versait du beurre, suivant les souhaits qu’on formait 
pour le corps ou pour l’esprit de l’enfant; et, ici, il est bien difficile de distinguer 
le symbolisme d’avec l’hygiène (6). 


Pour aborder avec quelque succès et quelque profit l’étude des connaissances ana¬ 
tomiques dont le Rig-Véda porte l’empreinte, il faudrait entrer sur le domaine de 
la philologie comparée, et surtout pouvoir disposer en maître des textes sanscrits. 
On se contentera donc ici de noter quelques expressions qui révèlent une certaine 

(1) VIII, i, 16; 5 et 6. 

(2) IV, iv, 16; 5 à 9. - VIII, mit, 42; 3. 

(3) Varani, pièce de bois dont on retirait l’étincelle par le frottement 

(4) VII, III, 11, 43. 


habitude de l’examen des cadavres d’animaux de boucherie ou aesunes 

,.(!). encore, doit-on reconnaître que la nomenclature est, dans le Rig-Véda, 
icoup moins’riche et que l’observation n’est pas aussi pénétrante que dans 
1 ère ce qui tient à la fois à la différence des époques et à la diversité des sujets. 

Presque toutes les notions anatomiques du Rig-Véda se trouvent rassemblées 
s l’hymne suivant (2), qui est une conjuration contre les maladies dont les par- 
du corps peuvent être attaquées, et où il n’est pas malaisé de reconnaître une 
ne liturgique, un ton déjà impérieux et des détails techniques qu’on chercherait 
vainement dans les premières sections du Rig-Véda (3). 


De tes yeux, de ton nez, de tes oreilles, de tes lèvres , de ta cervelle, de ta langue, j’en¬ 
lève la maladie qui attaque la tête. 

, De ton col, de tes nerfs, de tes os, de tes jointures, de tes épaules, de tes bras, j enlève 
maladie qui attaque le haut du corps. - . 

. De tes intestins, de ton fondement, de ton ventre, de ton cœur, de tes flancs, de ton foie, 

tes chairs, j’enlève la maladie. 

1. De tes jambes, de tes genoux, de tes talons, de tes pieds, de tes reins, de tes parties 
teuses, j’enlève la maladie. 

. Du membre qui chasse le liquide (urine?), de tes poils, de tes ongles, de tout ton corps, 

•enlève la maladie. , 

6 . De tous tes membres, de toutes les parties velues, de toutes les articulations, de tout ton 

corps, j’enlève la maladie. 

Les Indous tirent de fréquentes comparaisons des organes génitaux, surtout de ces 
organes chez les femelles : le beurre du sacrifice est la matrice {yoni-birlh-place dans 
Wilson) d’Âgni (4); le foyer du sacrifice est assimilé à la matrice, où les libations 

(1) II, m, 5; 19 : on offrait en sacrifice le cœur, la langue, la poitrine, d’après Langlois, t. I, p. 561, 
note 35. 

m Vov’ aussi^autant qu’on peut s’en fier à l’interprétation de Langlois, II, m, 5 ; 19 - VII, vu, 9 
„j~,« en ffénérah —VIII iv 5- 10-14 (.membres en particulier, dents a double rangée 

il’lnrira'i — V iv 21; 13 (épaules et poitrine des Marouts). — II, vu, 11, 2, et VU, vu, a, 14 ( 
“ oudhan ; mamelle de la vache céleste). - VIII iv, 1; 8; VI, v 9 S 3 (»«* ou mamelle?).-l\, iv 
iB s — Tf ffl i 23- Il (enveloppes, membranes de 1 embryon-garbka-âsoura). —V, i, 14,18, et VI 
v!’ i 7 (nerfs d’Agni et de Vritra). A en juger par un passage de YAithareya-brahmana du Rig 
Véda extrait par M. Barthélemy Saint-Hilaire ( Journal des savants de septembre 1866, p. 557), 1 expli 
Itln eannniauèdcs rites fournirait, à propos des sacrifices, une nomenclature anatomique assez nch 
"S te^oque encore ancienne. En effet, il n’y avait pas moins de trente-six morceaux d 
fa bêteTmmolée, et qui tous avaient des noms : la mdehoire, la poitrine, la gorge, le palais, 1 eehme, 1 




ZZ “ ■' ; phr,ses : briser Ies r&Btanc«8 de la pmta, (4) JJ 

entree du scm d une femme (5), s „„, des al|„ slo „ 8 éTUenles „„ ‘ 1 ? " 

hymen' 3 ’ '* P ' U ‘'” tre ’ d “ S ' e W ’ “ ofe “ es l" - » 1 ™ * «*.»[ 

On ne lira pas non plus sans intérêt l’hymne suivant (6) que j’ai delà mentinmi 
ridée 1 de ’ l'obsess^on^d 11 ^^ ' n ba 7 6Ur ^ es ^ emmes enceintes.^On y reimnnaîtraméme 
moyen êge en^si grande épouvanté. ’ - <* « - J 


2. Oui, qu Agm, uni au sacrifice, tue le cruel Rakchasa qui, sous le nom do a 

siège dans ton ventre pour nuire à ton fruit fl™ de smg, 

ie™;;r^:r jambes ’ foœe rentrée de ton sein ’ et s, ?^ e *^8| 

5. Le Rakchasa qui, sous la forme d’un frère, d’un mari d’un amant . , . ! 

veut détruire ton fruit, doit périr par nous. ’ ’ PP 6 H 61 

6 . Le Rakchasa qui profite de ton sommeil ou des ténèbres pour troubler ta raison et vent 
détruire ton fruit, doit périr par nous. 


C est sans doute du berceau commun de la race aryenne que les Hellènes ont 
apporte idee de prendre l’ombilic comme dénomination du centre, car nous retrou¬ 
vons cette idee dans plusieurs passages du Rig-Védu : « Dans Vombi J* sacrï 
J reçu celui.qm est notre ombilic (7). » C’est-à-dire, j’ai versé dans le foyer 


-VlIb ’i'Vt 3 '~ m ’ '* 23; 10 ' Suivcnt lcs noms de Vembry 

(2) Voy. Langlois; t. II, p. 256. 

( 3 ) I, n, 9; 2. II s’agit peut-être des testicules ou des o 

aines — Il me semble que la croix ansée des Égyptiens est ai 
ltque de l’utérus. 1 ^ 31 

(4) VIII, IV, 1; 16. 

(5) VIII, Mil, 20; 4. 

(6) VIII, VIH, 20. 

(?) VT. vu, 16; 8. - Cf. Langlois, t. III, p. 491, note 32. 


)U peut-être seulement des deux 
figuration détournée et symbo- 


Soma qui est lui-même te centre du monde. Ailleurs on lit (l) : « Sous IW- 
pfuu dieu iucree ( Adja) reposait un œuf dans lequel se trouvaient tous les 
■mondes; « ailleurs encore l’air naît de Y ombilic d’Agni, créateur des êtres (2) ; » enfin 
Atmi est représenté comme l’ombilic de la terre (3). Nous aurons ailleurs l’occasion 
Krevenir sur les cosmogonies indiennes à propos des cosmogonies imaginées par 
les philosophes anté-socratiques (4). 

8. — USAGE SUPERSTITIEUX DES PLANTES. 

Telle est la première période, ou, si l’on aime mieux, la première phase de la 
| médecine chez les Aryas : quelques termes vagues d’anatomie; très-peu de phy¬ 
siologie; deux ou trois noms de maladies; nulle mention de moyens thérapeu¬ 
tiques; une seule allusion à un médecin ; mais non plus ni dieu spécial de la 
médecine, ni prêtres médecins, et, par conséquent, ni temples dont on essaye 
de faire des cliniques, ni jongleries qui simulent un traitement (5). On y remarque 
gffilcment une foi pure, simple, naïve, enfantine en la puissance des agents du 
monde extérieur invoqués sous la personnification divine; un abandon absolu, 
et certainement désastreux, du malade et de la maladie, non pas aux forces bien 
dirigées de la nature, mais à tous les hasards du mouvement pathologique. Cette 
première période de l’histoire de la médecine devrait plutôt s’appeler l’absence de 
toute médecine ; cependant ce n’est pas, tant s’en faut, l’état sauvage; on entrevoit 
même durant ces siècles sans date quelques germes qui préparent à une intervention 
plus réelle et plus efficace de l’homme dans le traitement de ses maladies. Par 
exemple, dans les dernières sections du Rig-Véda, l’invocation aux plantes prend 
un sens plus médical, quoique ce soit le prêtre qui fasse office de médecin, et que 
l’action des plantes soit en quelque sorte soumise à la prière du prêtre; toutefois, il 
ne s’agit pas seulement des plantes qui servent à alimenter le feu du sacrifice ni à 
fabriquer le Soma; du moins on en peut trouver la preuve dans l’hymne suivant que 
je prends plaisir à citer tout entier (6) : 

(t) VIII, HT, 

; (2) VIII, IV, 5; 14. 

(3) I, IV, 13; 2. 

(4) V. p. 22, note 1. 

(5) Weber a publié, dans lés U émoires de l’Académie de Berlin, année 1858, 2" partie, p. 313 et suiv., 
d \ \te liques sur les Omina et portenta, tirés, le premier, d’un des commentaires (Adbhuta- 
Brâhmana ) du Sama-Véda, le second, du xnu livre d’un commentaire ( Kauçica sûtra ) de VAtharva- 
Véda (cérémonies expiatoires pour différents prodiges, et présages). Dans le premier texte il y a (p. 321) 
un passage qui regarde la conjuration de certains symptômes précurseurs du mal : là perte d’appétit, les 
troubles de la digestion, l’insomnie, la somnolence, la faim canine, etc. Les autres conjurations s’adres¬ 
sent aux accidents ou aux malheurs les plus divers de la vie. 

i (6) VIII, v, 3. — On ne saurait déterminer dans quel sens les Eaux et les Plantes sont invoquées, 
VIH, II, 5; 10. - Gf. V, m. 15, 23 et V, ni, 16; 6. 





Hjnme 


Plantes, 


1* Je veux chanter les cent sept espèces de ces plantes antiques et brunes, qui, nées pour 1^ 
dieux, ont vécu trois âges. 

2. O mères, capables de cent œuvres merveilleuses, vous comptez cent espèces, vous comptez 
mille tiges. Préservez-moi de la maladie. 

3. Réjouissez-vous, ô Plantes couvertes de fleurs ou de fruits. Telles que des cavales victo¬ 
rieuses, emportez-nous loin des maladies. 

4. O Plantes, ô mères divines, voici ce que je vous dis : Pour vos présents, je donneraismon 
cheval, ma vache, mes vêtements ; je donnerais ton souffle même, ô Pouroucha! 

5. Votre demeure est dans FAswattha, dans le Palâsa. C’est de vous que nous tenons nos j 
vaches et Pouroucha lui-même. 

6. O Plantes, quand vous êtes réunies comme un conseil de rois, celui qui vous honore èst 

à la fois prêtre et médecin ; il donne la mort aux Rakchasas, comme il chasse les Maladies. J 

7. Je chante pour l’affermissement de notre santé toutes les Plantes, l’Aswàvatî, le Somavat), 
l’Oûrdjayantî, l’Oudodjas. 

8. Telles que les vaches sortant du pâturage, telles sont les vertus de ces Plantes qui don- ‘ 
nent tous les biens, qui inspirent ton souffle même, ô Pouroucha ! 

9. Vous avez pour mère Ichriti; vous êtes faites pour la parure. Vous êtes vives et légères. 
Quand un homme est malade, c’est vous qui lui rendez sa force. 

10. Tout ce qui nous entoure court à la maladie, comme le voleur de bestiaux court au 
pâturage. Les Plantes chassent la maladie loin de notre Corps. 

11. Quand, pour soulager la souffrance, ma main prend ces Plantes, l’esprit de la maladie 
péril, ainsi qu’autrefois Djîvagribba. 

12. Telles qu’un roi entouré de son armée, ô Plantes, vous pénétrez dans nos membres, 
dans nos jointures, et Vous en expulsez la maladie. 

13. O maladie, tombe ainsi que le geai criard, le vent rapide; meurs, ainsi que ralligatof. 

14. Réunissez-vous; prêtez-vous un appui mutuel. Toutes, d’un commun accord, écoutez 
ma voix. 

15. Qu’elles aient des fruits ou qu’elles n’en aient point, qu’elles soient couvertes de fleurs 
ou qu’elles en soient privées, toutes, enfants de Vrihaspati, qu’elles nous délivrent du mal. 

16. Qu’elles me délivrent du mal que produit une imprécation, des liens de Varouna, des 
chaînes d’Yama, des fléaux que nous envoient les dieux. 

17. J’ai chanté les Plantes qui descendent du ciel autour de nous. Que Pouroucha respecte 
notre vie. 

18. O Somalatâ, tu es la reine de toutes ces Plantes abondantes et sages. Tu es la première 
parmi elles ; tu satisfais au désir et tu charmes le cœur. 

19. O Plantes qui avez pour reine la Somalatâ, enfants de Vrihaspati, qui vous dressez sur la 
terre, donnez la force au malade. 

20. Ne vous irritez point contre moi qui Vous arrache, contre le malade pour lequel je vous 
cueille. Que chez nous bipèdes et quadrupèdes soient bien portants. 

21. O Plantes qui entendez ma voix, et vous qui êtes éloignées, unissez-vous toutes pour 
donner la force au malade. 





19 

22. Les Plantes disent à Somalatâ, leur reine : « O reine, nous sauvons celui que nousreeom- 
fcaahde le prêtre. » 

23. O Somalatâ, tu es la première parmi nous. Les arbres sont tes sujets. Qu’il devienne 
notre sujet celui qui nous attaque. 

9. — AUX INVOCATIONS SUCCÈDENT LES CONJURATIONS. 

La période des invocations nous conduit à la période de conjurations (1), où 
bous voyons apparaître l’usage superstitieux de plantes et d’autres moyens phy¬ 
siques plus déterminés. Las d’attendre avec patience la bienveillance secourable des 
divinités protectrices, les Aryas attaquent le ciel de vive force et contraignent par des 
• charmes les dieux à leur venir en aide; le résultat n’est pas meilleur, mais l’imagi¬ 
nation est plus satisfaite; on croit aux sorciers quand on ne croit guère ou qu’on 
croit mal en Dieu. C’est la seconde période védique, dont nous dirons ici quelques 
ilôts pour compléter cette vue d’ensemble et marquer les grands traits de la méde¬ 
cine parmi les Indous d’après les anciens documents, 
i Quoique le Sâma-Véda soit tiré presque uniquement du Rig-Véda, il offre néan¬ 
moins un grand intérêt pour l’histoire littéraire, puisque, en plusieurs de ses par- 
I lies, il représente le Rig avant la rédaction en sambita, c’est-à-dire dans sa forme pri¬ 
mitive ; mais, en ce qui concerne la médecine, ce n’est pas le Santa qui peut nous 
| instruire; ce seraient les Brahmanas , espèce de commentaire qui, pour les différents 
fedas, servent de lien entre les hymnes ou les formules du sacrifice, et fournit toutes 
sortes d’explications précieuses pour les détails du rituel, et même pour les usages 
domestiques qu’il nous faudrait interroger. Ainsi, le cinquième livre du Schadvinça- 
Brahmana, du Sâma-Samhita, renferme les cérémonies conjuratoires contre les 
maladies ou accidents des hommes et des animaux, Contre les prodiges célestes ou 
•terrestres, les apparitions, la perte des objets, etc. (2) ; mais on ne possède la tra¬ 
duction que de courts et rares fragments des Brahmanas ou des autres vastes 
! appendices et commentaires des Védas. 

VYajur-Véda, d’après les renseignements fournis par Wéber (3) et par d’autres 
indianistes, ne parait rien contenir qui se rapporte à notre sujet ni dans l’une ni 
dans l’autre des deux parties dont il se compose ( Yajusnoir et Yajus blanc). 

Comme l’a remarque Weber; (4), dans le plus récent des Yédas, dans VAtharva- 

(1) Nous reviendrons sur ce sujet à propos de Théophraste. 

I (2) Weber, l. f , p. 143-144. 

!'; (3) L. I., p, 167-251. Voyez aussi Liétard, Lettres, etc., p. 46. 

(4) L p. 64; Cf. page 271, sur l’anatomie dans la Gatbha-Upamshad de VAtharva. Voyez 
aussi un important travail de M. Grohmann sur la médecine de YAtharva-Véda,, dans A. Weber, 
Indische Studien, IX' vol., 2= et 3" cahiers ; Leipzig, 1865, - Nous, aurons prochainement 1 occasion, 
de parler de ces recherches. 


20 


Véda, où l’on distingue cependant des morceaux très-anciens, on est sous l’empire 
pusillanime des mauvais esprits et de leur pouvoir magique, on redoute les dieux; > 
on n’a plus en eux une pieuse confiance (1); le peuple a perdu son indépendance 
et sa spontanéité ; il y apparaît enveloppé dans les liens de la théocratie et de la 
superstition. Ce Véda et le Schadvinça-Brahmana du Sâma représentent, à mon 
avis, sinon exactement pour la chronologie et pour toutes les conditions de civilisa¬ 
tion, du moins en ce qui regarde l’histoire de la médecine, l’époque de l 'Odyssée, 
celle où commencent à se développer chez les Grecs les pratiques de la magie et de 
la théurgie ; mais tandis que chez les Grecs ces pratiques font de vains efforts pour 
se substituer à la médecine naturelle, qui déjà et de très-bonne heure avait acquis 
la suprématie, elles se perpétuent, prennent les plus vastes proportions et régnent 
à peu près souverainement durant de longs siècles parmi les Indous. 

Il y aurait donc lieu de revenir sur ces diverses questions, et, en particulier, sur 
VAtharva-Véda, quand l’ocçasion se présentera de traiter de la mythologie médicale 
grecque, à propos des temples d’Esculape. 

Enfin la troisième et dernière période de l'histoire de la médecine indoue cor¬ 
respond à la rédaction de VAyur-Véda attribué à Susruta, Ayur-Véda, où la 
médecine est considérée comme une révélation divine, mais où la science a : 
repris cependant une partie de ses droits, grâce sans doute à quelque influence I 
étrangère; car on peut supposer, et sans l’appui des autres preuves que nous 
ferons valoir plus tard, que les brahmanes ont eu la main forcée lorsqu’ils ont 
laissé pénétrer peu à peu quelques lueurs de l’esprit scientifique dans un Véda, 
même dans un Véda accessoire, eux qui avaient gardé si longtemps le monopole dés 9 
exorcismes et des cures merveilleuses ! Cette troisième période de la médecine 
indoue est sans contredit la plus intéressante, mais l’on doit en réserver l’étude 
pour le moment où la suite chronologique de l’histoire nous amène pour la première 
fois en présence de YAyur- Véda de Susruta. 


COMMENT ET POURQUOI LA POÉSIE PRIMITIVE NOUS RENSEIGNE SUR L’ÉTAT 
DES SCIENCES COMME SUR L’ÉTAT DES MOEURS. 


On objectera peut-être que ce n’est pas dans des hymmes qu’il faut aller chercher 


(1) Dans un mémoire sur les Doctrines psycho-physiologiques des anciens philosophes hindous 
(Annales medico-psychal., novembre 1843 et surtout janvier 1844, 1. 111, p. 1-16), M. le docteur Cerise 
à propos, de la cosmologie et de l’anthropologie indienne, présente quelques considérations intéres¬ 
santes sur la théorie des éléments, des tempéraments, des sens, des facultés sensoriales, d’après les 
philosophes hindous, et les a rapprochées de celle des philosophes grecs ; mais les textes sur lesquels 
s appuie notre savant confrère sont comparativement modernes. - Voy Weber, Hist. de la litt. ind., 
p. 355 et suiv. Nous ne sommes pas, dit-il, encore assez avancés dans la connaissance de la philosophie 
indienne, nous né possédons pas assez de textes pour décider toutes ces questions et essayer ces rap- 


documents sur l’histoire des sciences et en particulier sur l’histoire de la méde- 
et que, par conséquent, nous ne pouvons rien conclure du Rig-Véda touchant 
l'état réel de la médecine parmi les Aryas. Sans doute nous serions mieux rensei- 
s trouvions au début de la littérature indoue deux poëmes de nature 
îïite, comme au début (début relatif bien entendu, puisque les antécédents 
IL) de la littérature hellénique. Cependant cette objection n’est pas aussi 
qu’il semble à première vue. D’abord nous n’avons pas autre chose que des 
et nous devons bien nous en contenter; en second lieu, chez tous les 
la poésie populaire primitive est l’écho fidèle des connaissances de ces 
[peuples; en troisième lieu, les formes de la littérature correspondent assez exacte¬ 
ment aux formes de la civilisation, et quand un peuple ne chante que les dieux, 
c’est qu’il n’a encore que les dieux pour auxiliaires dans toutes les choses de la vie ; 
c’est le propre des peuples enfants et des peuples en enfance (1). Aux premières 
lueurs de la civilisation la nature étonne, charme ou épouvante, mais on n’a pas 
même l’idée de la maîtriser, et on en divinise toutes les manifestations ; un peu 
plus tard on commence à s’apercevoir que l’homme dispose de forces qui souvent 
peuvent contre-balancer avec avantage les forces du monde extérieur ; mais presque 
aussitôt et presque en même temps l’homme se laisse à son tour maîtriser par son 
semblable, par les chefs, — surtout par les ministres des dieux; il n’a pas assez de 
science pour observer avec sûreté et pour diriger ses instincts vers l’emploi naturel 
de sa puissance ; il rencontre alors plus de sujets de terreur que d’admiration et de 
confiance; la théologie spontanée, naïve, devient une théologie calculée, réglemen- 
iù la superstition pénètre de tout côté par l’influence des castes sacerdotales. 
L’action de ces castes, d’abord salutaire, naît directement et spontanément des sen¬ 
timents religieux primitifs ; mais peu à peu, elles prennent une suprématie tyran¬ 
nique en entretenant la pusillanimité de l’esprit, et en étouffant les efforts natu- 


r Cette marche de l’esprit humain, qu’il est plus facile peut-être de constater que 
[ d'expliquer, on peut la suivre pour ainsi dire pas à pas dans les Védas; et même 
d’une partie à l’autre du Rig-Véda, on observe des nuances très-sensibles et fort 
[curieuses à étudier. Dans les hymnes qu’on tient pour les plus anciens, les Aryas 
ne paraissent avoir eu, en ce qui touche leurs maladies, aucun intermédiaire entre 
eux-mêmes et les dieux secourables ; — tandis que dans les hymnes qui passent 
pour les plus récents on rencontre, en même temps que la mention expresse des 
médecins, un culte plus fortement organisé, mille détails de la vie publique ou 


(1) Nous reviendrons sur ce sujet à propos des Sagas des peuples du Nord, et quand nous aurons à 
nous occuper des superstitions médicales chez les nations abâtardies, ou dans les classes mal ins¬ 
truites du pouvoir et des droits de la nature et de la science. 


22 


rivée, des essais de cosmogonie (1 ), et de doctrines philosophiques (-2) qui trahissent 
un second degré de civilisation, des formes littéraires plus travaillées et parfois moins 
pures, enfin des passions plus ardentes et souvent plus mauvaises ; ce qui prouve 
bien que les hymnes, comme les autres genres de la littérature, peuvent être l’expres¬ 
sion de toute la vie d’un peuple. 

Les différences sont si tranchées, même dans la traduction française de M. Lan¬ 
glois, entre les divers groupes d’hymnes du Rig-Véda, que je suis étonné de ne pas 
les voir plus expressément marquées dans l'ouvrage de Weber (3) qui avait le sans¬ 
crit à sa disposition. 

L’histoire de la médecine commence pour nous, chez les Grecs, dans deuxpoëmes 
épiques-, puis, un peu plus tard, nous en trouvons quelque trace dans un poëme 
didactique ; mais après Homère et après Hésiode, c’est la poésie lyrique ou la poésie 
tragique qui, durant un assez long temps, sont nos seules sources de renseigne¬ 
ments; cependant, même dans ces genres littéraires, en apparence si ingrats, nous 
pouvons reconnaître certains progrès en anatomie, en physiologie ét en pathologie 
qui nous permettent de suivre, quoique de bien loin, le mouvement de la science. 
Il n'y a donc pas de raison de marquer une défiance absolue pour les hymnographes 
indous quand nous profitons si heureusement et si légitimement des lyriques greééi., 

Ces; secours étrangers sont à peu près inutiles lorsque la littérature scientifique est 
très-abondante; cependant, même après Hippocrate, ou, pour mieux dire, de tout 
temps, nous pouvons recueillir plus d’une information complémentaire importante 


(1) L’hymne suivant (VHI, vu, 10) ne rappelle-t-il pas le début de la Genèse P 

L’ame süphême. 

1. Rien n’existait alors, ni visible ni invisible. Point de région supérieure, point d’air, point de ciel. 
Oùétait cette enveloppe du monde? dans quel lit se trouvait contenue l’onde ? où étaient ces profon¬ 
deurs impénétrables de l’air? - 2. Il n’y avait point de mort, point d’immortalité. Rien n’annonçait le 
j our m la nuit. Lui seul respirait, ne formant aucun souffle, renfermé eu lui-même. Il n’existait que lui. 

— 3. Au commencement les ténèbres étaient enveloppées de ténèbres ; l’eau se trouvait sans impulsion. 
Tout était confondu. L’Être reposait au sein de ce chaos, et ce grand Tout naquit par la force de sa piété" 

— 4. Au commencement l’Amour fut en lui, et de son esprit jaillit la première semence. Les sages de la 
création, par le travail de l’intelligence, parvinrent à former l’union de l’être réel et de l’être apparent. 

5. Le rayon de ces sages partit en s’étendant en haut comme en bas. Ils étaient grands, ces sages; ils 
étaient pleins d’une semence féconde tels qu’un feu dont la flamme s’élève au-dessus du foyer qui l'ali-’ 
mente. — 6. Qui connaît ces choses? qui peut les dire ? D’où viennent les êtres? Quelle est cette créa¬ 
tion? Les Dieux ont été aussi produits par lui. Mais lui, qui sait comment il existe ? — 7. Celui qui est 
le premier auteur de cette création la soutient. Et quel autre que lui pourrait le faire ? Celui qui, du haut 
du ciel, a les yeux sur tout ce monde, le connaît seul. Quel autre aurait cette science? 

(2) Les recherches deM. Liétard tendent à établir une certaine liaison entre les diverses ébauches des. 
systèmes philosophiques et cosmogoniques avec les doctrines physiologiques chez les premiers Indous. 
Nous attendons, avec impatience le développement et fes preuves des liées ingénieuses qu’il a déjà émises, 
a ce sujet dans ses Lettres. 

(3) Voy. Hist. de la littérature indienne, pages 93-89, 




BsB rages classiques cl dans presque tous les autres écrits non médicaux; 
irnirais, au besoin, des preuves multipliées. 


|ns là ces considérations générales qui n’étaient pas inutiles pour bien prè¬ 
le but, le caractère et les résultats de nos recherches présentes et de celles qui 
pt suivre dans le domaine de la littérature extra-médicale, recherches qui 
3 urs n’ont jamais été faites pour tout l’ensemble de notre histoire ; — je n’ai 
«prétention d’épuiser cette Veine féconde : je désire seulement mettre sur la 
it ouvrir ainsi de nouvelles perspectives. 



TABLE DES CHAPITRES 


1. Du but qu’on s’est proposé dans ces recherches. . . . 

2. Dieux protecteurs de la santé. 

3. Les médecins et la magie. 

U. Des maladies et des pratiques médicales. 

5. Physiologie générale ; — idée de la vie. 

6. Génération; — enfantement ; — soins aux nouveau-nés. 



8 . Usage superstitieux des plantes. 

9. Aux invocations succèdent les conjurations. 



Comment et pourquoi la poésie primitive nous renseigne s 


comme sur l’état des mœurs